L'auteur

    L'ange et la bête

   Paul-Armand Silvestre (1837-1901), fait partie de ces écrivains talentueux dont la renommée n’est pas parvenue jusqu’à nous. Célèbre, il l’était pourtant, tant pour ses poèmes que pour ses contes, ses opéras ou ses critiques d’art. Il fut un temps où le nom d’Armand Silvestre était dans toutes les bouches. Qu’il suscite les médisances ou les louanges, il ne laissait personne indifférent. Aujourd’hui encore il se distingue de ses pairs par son parcours littéraire atypique. Il était certes courant à cette époque de voir des écrivains, sentant la mort approcher, se mettre à écrire des vers édifiants, mais peu effectuèrent, comme Armand Silvestre, le trajet inverse.

Jeune homme, il se lança dans la poésie parnassienne la plus pure et son lyrisme éthéré lui valu des critiques élogieuses, notamment de la part de George Sand, sa marraine. La mise en musique de ses poèmes acheva de le faire connaître et chacun admirait alors la perfection formelle de ses vers.

La corde d'argent et la corde de boyau... 

    Un tournant s’amorça cependant en 1879, avec le début de sa collaboration au Gil Blas, un journal léger dont la devise était " amuser les gens qui passent, leur plaire aujourd’hui, et recommencer demain. ". L’époque était à la gaudriole, les Jemenfoutistes, les Zutistes, les Hirsutes étaient à la mode, et Armand Silvestre put laisser libre cours à son amour de la farce. C’est donc sur le tard que ce respectable sous-chef de bureau au ministère des finances se tourna vers la grivoiserie.

Mais descendre du Mont Parnasse n’est pas sans conséquences et la chute fut sans doute plus rude que ce qu’il imaginait.Jules Lemaître vit ce revirement comme une sorte de 1732927386.jpgprouesse, celle d’ " avoir fait vibrer les deux cordes extrêmes de la lyre, la corde d’argent et la corde de boyau " mais Edmond de Goncourt, lui, considera alors Silvestre comme " un novalliere de la merde et du pet ", un " prosateur du trou du cul ".

S’ils en amusèrent beaucoup, les contes licencieux de Silvestre firent redescendre de son piédestal ce parnassien estimé. Un poème de l’époque le ramenait d’ailleurs au vulgaire rang d’amuseur public et lui attribuait même un disciple, le pétomane Joseph Pujol. Ses dernières années furent douloureuses et solitaires.

Victime exemplaire des faux jugements et du pouvoir de la critique, Armand Silvestre souffrit sans doute de sa mauvaise réputation. Cinq ans après sa mort, un monument à sa mémoire fut inauguré sur les bords de la Seine.

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