L'oeuvre

Eclectique mais lyrique 


De quoi est-il question…

Le thème principal de ces morceaux choisis est l’amour grivois, voire l’obscénité, parfois : le violon d’Ingres d’Armand Silvestre, histoire de cocus, d’amants, de fesses, voilà ce vers quoi il se tourne après son œuvre poétique. En effet, malgré cette veine peu délicate, il a commencé par exalter la beauté de la nature, en bon parnassien. On l’a dit singulier et original, raffiné et lyrique, scatologique et graveleux. Ce paradoxe fait son succès –à l’époque-. Sa poésie fait penser au panthéisme grec, et ses contes, à l'esprit rabelaisien. On peut penser que cette double écriture n’en est pas une, il retrouve dans la nature la voix qui l’élève vers le ciel, mais aussi celle qui lui rappelle les réalités terrestre – drôles, ridicules ou simplement crues –.

Quoi qu’il en soit, il semblerait que son œuvre ait été controversée, le scatologique choquant la plupart de ses contemporains, malgré ses amis et connaissances dans le milieu littéraire – en particulier George Sand, dont il était le filleul, et qui a préfacé plusieurs de ses recueils -.
Son œuvre lyrique est assez répétitive et classique, même si elle reste de qualité ; et ses contes grivois sont toujours un peu semblables, utilisant des " trucs " pour déclencher un rire du ridicule, comme par exemple, avec les noms (le couple Pincetrouille dans le gros borgne). En cela, il n’a pas laissé une œuvre indélébile dans l’histoire de la littérature française, mais plutôt des textes contrastés et agréables, frais et drôles, qui reflètent autant une époque qu’un éternel et inépuisable sujet, que je vous laisse le soin de découvrir&hellip
;.

La Bibliographie non exhaustive
 

Armand Silvestre a écrit beaucoup de nouvelles traitant de l’amour, réunies dans les recueils suivants (liste non exhaustive) :
Contes pantagruéliques et galants (1884)
Contes de derrière les fagots (1886) 
Histoires inconvenantes (1887)
Histoires joyeuses (1888)
Fabliaux gaillards (1888)     
Gauloiseries nouvelles (1888)
Propos grivois (1888) 
Contes à la brune (1889) 
Histoires scandaleuses (1889)
Contes salés (1891)
Histoires joviales (1891) 
Histoires extravagantes (1892)
Aventures grassouillettes (1892)
Contes audacieux (1892)
Contes divertissants (1892)
etc.

Les nouvelles

Les nouvelles que nous avons sélectionnées proviennent des recueils Histoires scandaleuses (« Le gros borgne », « Libellule » et « Simple badinage »), Fabliaux gaillards (« Le lunium ») et Contes audacieux (« Les trois baisers »).

Les éditions sont les suivantes :           
-  Contes audacieux, 1892, E. Kolb, Paris
-  Histoires scandaleuses, 1889, E. Kolb, Paris
-  Fabliaux gaillards, 1888, Librairie illustrée, Paris

Notons que les Contes audacieux se trouvent également dans le recueil Bibliothèque des Aventures gauloises, 1902, Librairie contemporaine, Paris, tomes 15 et 16.

Enfin il existe un recueils de nouvelles, nommé Le nouveau Décaméron en dix volumes in octavo, Paris, Dentu, 1884-1887, qui rassemble des textes de divers auteurs (Théodore de Banville. Barbey d'Aurevilly, François Coppée, Alphonse Daudet, Anatole France, Judith Gautier, Edmond de Goncourt, Leconte de Lisle, Guy de Maupassant, Catulle Mendès, Villiers de l'Isle Adam, Emile Zola, entre autre…), dont Armand Silvestre, ce qui justifie encore de son lien avec les nouvelles de Boccace. Le principe est le même : dix nouvelles chaque jour pendant dix jours.


L'inspiration du Décaméron


Les motifs littéraires de ces nouvelles, ainsi que le ton et la forme, font penser au Décaméron de Boccace, écrit au XIVème siècle. Fuyant la peste noire de Florence, en 1348, dix personnages s’isolent dans une sorte de paradis terrestre, en pleine nature. Sept femmes et trois hommes. Chacun à leur tour, ils devront raconter une histoire par jour, pendant les dix jours de leur retraite. Cela donne naissance à cent nouvelles, ayant toutes trait à l’amour, quel qu’il soit, charnel, vulgaire, courtois, malheureux, drôle. Boccace invente ainsi le genre de la nouvelle : les personnages sont typés, sans profondeur psychologique, et leur aventure présente une vérité, mais non une morale. Les récits sont ancrés dans la réalité, ce qui leur donne une grande vraisemblance, tout comme chez Silvestre. L’œuvre de Boccace reflète également la société de son époque : la bourgeoisie émergente, les commerçants, les valeurs pratiques. Nos nouvelles ont aussi cet arrière plan : Silvestre présente souvent des commerçants, des clercs, en commentant les différentes classes sociales. Le Décaméron se déroule dans la nature, d’où l’importance des oiseaux, de la végétation qui donnent un côté lyrique au récit, tout comme chez Silvestre (« Les trois baisers » et « Libellule », en particulier).